Instructions d'Allan Kardec

Action de la prière

 

La prière est une invocation; par elle on se met en rapport de pensée avec l'être auquel on s'adresse. Elle peut avoir pour objet une demande, un remerciement ou une glorification. On peut prier pour soi-même ou pour autrui, pour les vivants ou pour les morts. Les prières adressées à Dieu sont entendues des Esprits chargés de l'exécution de ses volontés; celles qui sont adressées aux bons Esprits sont reportées à Dieu.

 

Le Spiritisme explique l'action de la prière par le mode de transmission de la pensée, soit que l'être prié vienne à notre appel, soit que notre pensée lui parvienne. Il faut pour s'en rendre compte, se représenter tous les êtres incarnés et désincarnés plongés dans le fluide universel, qui occupe l'espace comme ici-bas nous le sommes dans l'atmosphère : ce fluide reçoit une impulsion de la volonté; c'est le véhicule de la pensée, comme l'air est le véhicule du son, avec cette différence que les vibrations de l'air sont circonscrites tandis que celles du fluide universel s'étendent à l'infini. Lors donc que la pensée est dirigée vers un être quelconque, sur la terre ou dans l'espace, d'incarné à désincarné, ou de désincarné à incarné, un courant fluidique s'établit de l'un à l'autre, transmettant la pensée, comme l'air transmet le son.

 

L'énergie du courant est en raison de celle de la pensée et de la volonté. C'est ainsi que la prière est entendue des Esprits à quelque endroit qu'ils se trouvent, que les Esprits communiquent entre eux, qu'ils nous transmettent leurs inspirations, que des rapports s'établissent à distance entre les incarnés.

 

Ceci est surtout dit pour ceux qui ne comprennent pas la prière purement mystique; elle n'a point pour but de matérialiser la prière, mais d'en rendre l'effet intelligible, en montrant qu'elle peut avoir une action directe et effective; elle n'en reste pas moins subordonnée à la volonté de Dieu, juge suprême en toutes choses et qui seul peut rendre son action efficace.

 

Par la prière, l'homme appelle à lui le concours des bons Esprits qui viennent le soutenir dans ses résolutions et lui inspirer de bonnes pensées; il acquiert ainsi la force morale nécessaire pour vaincre les difficultés et rentrer dans le droit chemin s'il en est écarté ; et par là aussi il peut détourner de lui les maux qu'il s'attirerait par sa propre faute. Un homme, par exemple, voit sa santé ruinée par les excès qu'il a commis, et traîne, jusqu'à la fin de ses jours, une vie de souffrances, a-t-il droit de se plaindre s'il n'obtient pas sa guérison? Non, car il aurait pu trouver dans la prière la force de résister aux tentations, mais, il fait bien de se rappeler que la miséricorde de Dieu est inépuisable et de persévérer dans la prière dont la puissance est infinie.

 

L'action de la prière se conçoit aisément quand on se souvient qu'elle a pour effet de mettre à notre disposition l'influence des Bons Esprits et par elle de résister aux mauvaises pensées dont l'exécution nous serait funeste. Dans ce cas, ce n'est pas le mal qui est détourne, c'est nous-mêmes qui sommes détournés de la pensée qui peut causer le mal. Les Esprits invoqués n'entravent en rien les décrets de Dieu, ils ne suspendent pas le cours des lois de la nature mais ils nous aident à ne pas enfreindre ces lois, en dirigeant notre libre arbitre; et même ils le font à notre insu, d'une manière occulte pour ne pas enchaîner notre volonté. 1,'homme se trouve alors dans la position de celui qui sollicite de bons conseils et les met en pratique, mais qui est toujours libre de les suivre ou non ; Dieu veut qu'il en soit ainsi pour qu'il ait la responsabilité de ses actes et lui laisser le mérite du choix entre le bien et le mal. C'est là ce que l'homme est toujours certain d'obtenir s'il le demande avec ferveur, et ce à quoi peuvent surtout s'appliquer ces paroles : «Demandez et vous obtiendrez».

 

L'efficacité de la prière, même réduite à cette proportion, n'aurait-elle pas un résultat immense? Il était réservé au Spiritisme de nous prouver son action par la révélation clés rapports qui existent entre le monde corporel et le monde spirituel. Mais là ne se bornent pas seulement ses effets.

 

La prière est recommandée par tous les Esprits; renoncer à la prière, c'est méconnaître la bonté de Dieu; c'est renoncer pour soi-même à leur assistance, et pour les autres au bien qu'on peut leur faire.

 

Si la prière exerce une sorte d'action magnétique, on pourrait en croire l'effet subordonné à la puissance fluidique; or, il n'en est point ainsi. Puisque les Esprits exercent cette action sur les hommes, ils suppléent, quand cela est nécessaire, à l'insuffisance de celui qui prie, soit en agissant directement en son nom, soit en lui donnant momentanément une force exceptionnelle, lorsqu'il est jugé digne de cette faveur, ou que la chose peut être utile.

 

L'homme qui ne se croit pas assez bon pour exercer une influence salutaire ne doit pas s'abstenir de prier pour autrui, par la pensée qu'il n'est pas digne d'être écouté. La conscience de son infériorité est une preuve d'humilité toujours agréable à Dieu, qui tient compte de l'intention charitable qui l'anime. Sa ferveur et sa confiance en Dieu sont un premier pas vers le retour au bien dans lequel les bons Esprits sont heureux de l'encourager. la prière qui est repoussée est celle de l'orgueilleux qui a foi en sa puissance et ses mérites, et croit pouvoir se substituer à la volonté de L'Éternel.

 

 

Comment nous devons prier.

 

Lorsque vous priez, dit Jésus, ne vous mettez point en évidence, mais priez dans le secret; n'affectez point de prier beaucoup, car ce n'est pas par la multiplicité des paroles que vous serez exaucés mais par leur sincérité; avant de prier, si vous avez quelque chose contre quelqu'un, pardonnez-lui, car la prière ne saurait être agréable à Dieu si elle ne part d'un cœur purifié de tout sentiment contraire à la charité; priez enfin avec humilité, comme le publicain, et non avec orgueil, comme le pharisien ; examinez vos défauts et non vos qualités, et si vous vous comparez aux autres, cherchez ce qu'il y a de mal en vous.

 

 

Manière de prier.

 

Le premier devoir de toute créature humaine, le premier acte qui doit signaler pour elle le retour à la vie active de chaque jour, c'est la prière. Vous priez presque tous, mais combien peu savent prier ! Qu'importe au Seigneur les phrases que vous reliez les unes aux autres machinalement, parce que vous en avez l'habitude, que c'est un devoir que vous remplissez, et que, comme tout devoir, il vous pèse.

La prière du chrétien, du Spirite de quelque culte que ce soit, doit être faite dès que l'Esprit a repris le joug de la chair; elle doit s'élever aux pieds de la majesté divine avec humilité, avec profondeur, dans un élan de reconnaissance pour tous les bienfaits accordés jusqu'à ce jour; pour la nuit écoulée et pendant laquelle il vous a permis, quoique à votre insu, de retourner près de vos amis, de vos guides, pour puiser dans leur contact plus de force et de persévérance. Elle doit s'élever humble aux pieds du Seigneur, pour lui recommander votre faiblesse, lui demander son appui, son indulgence, sa miséricorde. Elle doit être profonde, car c'est votre âme qui doit s'élever vers le Créateur, qui doit se transfigurer comme Jésus au Thabor, et parvenir blanche et rayonnante d'espoir et d'amour.

 

Votre prière doit renfermer la demande des grâces dont vous avez besoin, mais un besoin réel. Inutile donc de demander au Seigneur d'abréger vos épreuves, de vous donner les joies et la richesse; demandez-lui de vous accorder les biens plus précieux de la patience, de la résignation et de la foi. Ne dites point, comme cela arrive à beaucoup d'entre vous : «Ce n'est pas la peine de prier» puisque Dieu ne m'exauce pas.» Que demandez-vous à Dieu, la plupart du temps? Avez-vous souvent pensé à lui demander votre amélioration morale? Oh ! non, très peu; mais vous songez plutôt à lui demander la réussite dans vos entreprises terrestres, et vous vous êtes écriés : «Dieu ne s'occupe pas de nous; s'il s'en occupait, il n'y aurait pas tant d'injustices.» Insensés ! ingrats ! si vous descendiez dans le fond de votre conscience, vous trouveriez presque toujours en vous-mêmes le point de départ des maux dont vous vous plaignez; demandez donc, avant toutes choses, votre amélioration et vous verrez quel torrent de grâces et de consolation se répandra sur vous.

 

Vous devez prier sans cesse, sans pour cela vous retirer dans votre oratoire ou vous jeter à genoux dans les places publiques, la prière de la journée, c'est l'accomplissement de vos devoirs, de vos devoirs sans exception, de quelque nature qu'ils soient. N'est-ce pas un acte d'amour envers le Seigneur que d'assister vos frères dans un besoin quelconque, moral ou physique? N'est-ce pas faire un acte de reconnaissance que d'élever votre pensée vers lui quand un bonheur vous arrive, qu'un accident est évité, qu'une contrariété même vous effleure seulement, si vous dites par la pensée : Soyez béni, mon Père. N'est-ce pas un acte de contrition que de vous humilier devant le juge suprême quand vous sentez que vous avez failli, ne fût-ce que par une pensée fugitive, et de lui dire : Pardonnez-moi, mon Dieu, car j'ai péché (par orgueil, par égoïsme ou par manque de charité); donnez-moi la force de ne plus jaillir et le courage de réparer?

Ceci est indépendant des prières régulières du matin et du soir, et des jours consacrés; mais, comme vous le voyez, la prière peut être de tous les instants, sans apporter aucune interruption à vos travaux; ainsi dite, elle les sanctifie, au contraire. Et croyez bien qu'une seule de ces pensées partant du cœur est plus écoutée de votre Père céleste que les longues prières dites par habitude, souvent sans cause déterminante, et auxquelles l'heure convenue vous rappelle machinalement.

 

 

Qualité de la Prière : Où réside sa puissance.

 

Les Esprits ont toujours dit : «La forme n'est rien, la pensée est tout. Priez chacun selon vos convictions et le mode qui vous touche le plus; une bonne pensée vaut mieux que de nombreuses paroles où le cœur n'est pour rien».

 

Les Esprits ne prescrivent aucune formule absolue de prières; lorsqu'ils en donnent, c'est afin de fixer les idées, et surtout pour appeler l'attention sur certains principes de la doctrine spirite. C'est aussi dans le but de venir en aide aux personnes qui sont embarrassées pour rendre leurs idées, car il en est qui ne croiraient pas avoir réellement prié si leurs pensées n'étaient pas formulées.

 

Le recueil de prières contenues dans ce livre est un choix fait parmi celles qui ont été dictées par les Esprits en différentes circonstance*; ils ont pu eu dicter d'autres, et en d'autres termes, appropriées à certaines idées ou à des cas spéciaux, mais peu importe la forme, si la pensée fondamentale est la même. I«e but de la prière est d'élever notre âme à Dieu; la diversité des formules ne doit établir aucune différence entre ceux qui croient en lui, et encore moins entre les adeptes du spiritisme, car Dieu les accepte toutes lorsqu'elles sont sincères.

 

Il ne faut donc point considérer ce recueil comme un formulaire absolu, mais comme une variété parmi les instructions que donnent les Esprits. C'est une application des principes de la morale évangélique développés dans ce livre, un complément à leurs dictées sur les devoirs envers Dieu et le prochain, où sont rappelés tous les principes de la doctrine.

 

Le  Spiritisme reconnaît comme bonnes les prières de tous les cultes quand elles sont dites par le cœur et non par les lèvres; il n'en impose aucune et n'en blâme aucune; Dieu est trop grand, selon lui, pour repousser la voix qui l'implore, ou qui chante ses louanges, parce qu'elle le fait d'une manière plutôt que d'une autre. Quiconque lancerait l'anathème contre les prières qui ne sont pas dans son formulaire prouverait qu'il méconnaît la grandeur de Dieu. Croire que Dieu tien à une formule, c'est lui prêter la petitesse et les passions de l'humanité.

 

Une condition essentielle de la prière, selon Saint Paul, est d'être intelligible, afin qu'elle puisse parler à notre esprit; pour cela il ne suffit pas qu'elle soit dite en une langue comprise de celui qui prie; il est des prières en langue vulgaire qui ne disent pas beaucoup plus à la pensée que si elles étaient en langue étrangère, et qui, par cela même, ne vont pas au cœur; les rares idées qu'elles renferment sont souvent étouffées sous la surabondance des mots et le mysticisme du langage.

 

La principale qualité de la prière est d'être claire, simple et concise, sans phraséologie inutile, ni luxe d'épithètes qui ne sont que des parures de clinquant; chaque mot doit avoir sa portée, réveiller une idée, remuer une fibre : eu un mot, elle doit faire réfléchir; à cette seule condition la prière peut atteindre son but, autrement ce n'est que du bruit. Aussi voyez-vous avec quel air de distraction et quelle volubilité elles sont dites la plupart du temps; on voit les lèvres qui remuent, mais, à l'expression de la physionomie, au sou même de la voix, ou reconnaît un acte machinal, purement extérieur, auquel l'âme reste indifférente.

 

Ajoutons que la Prière, basée sur la charité, est toujours efficace. Elle participe à la puissance de Dieu parce qu'elle met en jeu son amour infini. On peut dire que la prière la plus efficace est celle qui est la plus désintéressée. C'est pourquoi Jésus nous recommande sans cesse le désintéressement. Ici nous sommes amenés à parler de prière et de médiumnité gratuites :

 

 

Prières payées.

 

Jésus dit aussi : Ne faites point payer vos prières; ne faites point comme les scribes qui, «sous prétextes de longues prières, dévorent les maisons des veuves»; c'est-à-dire accaparent les fortunes. La prière est un acte de charité, un élan du cœur; faire payer celle que Ton adresse à Dieu pour autrui, c'est se transformer en intermédiaire salarié; la prière alors est une formule dont on proportionne la longueur à la somme qu'elle rapporte. Or, de deux choses l'une : Dieu mesure ou ne mesure pas ses grâces au nombre des paroles; s'il en faut beaucoup, pourquoi en dire peu ou pas du tout à celui qui ne peut pas payer? c'est un manque de charité; si une seule suffit, le surplus est inutile : pourquoi donc alors le faire payer? c'est une prévarication.

 

Dieu ne vend pas les bienfaits qu'il accorde : pourquoi donc celui qui n'en est pas même le distributeur, qui ne peut en garantir l'obtention, ferait-il payer une demande qui peut être sans résultat? Dieu ne peut subordonner un acte de clémence, de bonté ou de justice que l'on sollicite de sa miséricorde, à une somme d'argent; autrement il en résulterait que si la somme n'est pas payée, ou est insuffisante, la justice, la bonté et la clémence de Dieu seraient suspendues. La raison, le bon sens, la logique disent que Dieu, la perfection absolue, ne peut déléguer à des créatures imparfaites le droit de mettre à prix sa justice. La justice de Dieu est comme le soleil ; elle est pour tout le monde, pour le pauvre comme pour le riche. Si l'on considère comme immoral de trafiquer des grâces d'un souverain de la terre, est-il plus licite de vendre celles du souverain de l'univers? Les prières payées ont un autre inconvénient; c'est que celui qui les achète se croit, le plus souvent, dispensé de prier lui-même, parce qu'il se regarde comme quitte quand il a donné son argent. Ou sait que les Esprits sont touchés par la ferveur de la pensée de celui qui s'intéresse à eux; quelle peut être la ferveur de celui qui charge un tiers de prier pour lui en payant; quelle est la ferveur de ce tiers quand il délègue son mandat à un autre, celui-ci à un autre, et ainsi de suite?

N'est-ce pas réduire l'efficacité de la prière à la valeur d'une monnaie courante ?



Les réactions

Avatar Frank LORIA

Ces quelques lignes m'ont rassurées et confortées aussi que l'Amour, pur et sincère, est tout simplement notre Chemin de Vie ; merci d'avoir réveillé en moi, l'Essentiel ... A toutes et tous, je vous offre mon " Amour ".

Le 30-04-2014 à 12:29:12

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